Avis

Tout cela je te le donnerai — Dolores Redondo

 » Álvaro est mort.  » À force de le répéter, peut-être Manuel Ortigosa finira par l’accepter. Son mari est mort. Un banal accident de voiture en Galice, selon la police. Mais le romancier à succès n’en croit rien. Il se rend dans ce bout du monde aussi sublime qu’archaïque où commence pour lui un vrai chemin de croix. Car Álvaro était loin d’être celui qu’il croyait… Manuel plonge alors dans les arcanes d’une aristocratie où la cupidité le dispute à l’arrogance. Il lui faudra toute sa ténacité pour affronter les secrets impunis, pour lutter contre ses propres démons, et apprendre qu’un rire d’enfant peut mener à la vérité aussi sûrement que l’amour.

Éditeur : Fleuve/Pocket
Papier : 21€90
Poche : 8€95
Numérique : 15€99
Pages : 738 (poche)

Avis :

Manuel, marié depuis des années à Álvaro, tombe des nues à la mort de son mari : visiblement, ce dernier lui cachait des choses, à commencer par le fait qu’il aurait dû être à Barcelone et non pas à Lugo, lorsqu’il a eu son accident.

Manuel, toujours sous le choc, laisse les premiers évènements le porter. Il doute de la sincérité de son mari envers lui et de toutes leurs années communes. Tous ces secrets qui explosent ne sont-ils pas le signe qu’il ne le connaissait pas ? Près à tout oublier pour retourner dans sa maison madrilène, il se laisse pourtant amadouer par un élément qui pourrait jeter un nouvel éclairage sur la mort d’Álvaro : et si ce n’était pas un accident ? Poussé par la curiosité morbide de savoir si oui ou non Álvaro était un homme honnête, Manuel ne se doute pas un instant, dans quoi il va mettre les pieds. Parce que ces gens-là sont prêts à tout pour préserver l’image de leur noblesse, il se pourrait que des masques se fissurent en chemin.

J’ai tellement adoré ce livre même si c’est un fichu pavé qui aurait pu être raccourci mais ça, c’est parce que les descriptions et moi, avons du mal à nous entendre. N’ayez crainte, en fait, si vous aimez les longs romans qui s’attardent, vous y trouverez votre bonheur, ces passages ne sont pas ennuyeux pour quiconque y adhère. De plus, il s’agit bien souvent de mettre en place le magnifique décor du domaine de la famille d’Álvaro ou encore de moments plus intimistes où le narrateur nous permet de situer correctement l’état d’esprit de Manuel (en majorité même si parfois on suit d’autres personnages).

Tout cela pour vous dire que Dolores Redondo va chercher à solliciter votre empathie pour accompagner Manuel dans ce deuil dans un premier temps. En suivant, tout est fait pour vous faire aimer la belle nature de la Galice.

Ce roman aborde de multiples sujets tels que :

  • l’écriture et son processus créatif, par le biais de Manuel, qui est écrivain.
  • l’homosexualité, toujours avec Manuel, marié (depuis l’autorisation du mariage gay) à Álvaro mais ce n’est toutefois pas central à l’histoire.
  • la noblesse et les restes aristocratiques de l’histoire espagnole qui montre à quel point le statut social et/ou la richesse mène au pouvoir.
  • le deuil, et pas seulement au travers de Manuel. Ici, la perte d’un être cher semble être au cœur des tourments.
  • les secrets et les mensonges, avec le personnage d’Álvaro, qui a passé des années à jouer les cachottiers mais aussi avec les autres pour qui les apparences priment sur tout le reste.
  • l’importance de la communication, très bien mise en avant par le flic Nogueira.

En bref, c’est un roman bien rythmé, varié, entrainant et passionnant dans lequel j’ai eu l’impression de voir les scènes et de les vivre comme si c’était un film. Le phénomène reste assez rare pour que je vous en parle ici. Ce livre m’a fait forte impression par son ambiance réaliste, ses personnages variés, les mystères qui entourent Álvaro, tout en proposant un scénario où Manuel peut grandir, apprendre à se connaître, se pardonner, aider les autres à se pardonner aussi et s’ouvrir au monde (notamment grâce à l’enfant évoqué dans le résumé éditeur). Découvrir les secrets d’Álvaro n’est pas de tout repos.

En plus, c’est bien écrit, poétique parfois et parfait pour les amoureux de la nature.

Merci à Sully Holt pour m’avoir fait découvrir Tout cela je te le donnerai. N’hésitez pas à jeter un œil à son avis sur sa page Facebook.

Note : 19,5/20.


Extrait :

Spectateur contre son gré, il avait assisté à la représentation d’une pièce jouée pour lui et dont il était le seul à tout ignorer. Il savait qu’en ressassant les paroles du Corbeau, il entrait dans son jeu, ce qu’il devait éviter à tout prix car son venin était destiné à être consommé ainsi, à petites gorgées, pour le détruire. Et lui, comme une abeille laborieuse, ne pouvait s’empêcher de butiner son pollen mortel. Il savait pourquoi. Parce qu’au milieu de toute cette mesquinerie, de cette haine pure, il avait reconnu l’arme fatale dissimulée dans le fiel, la capsule qui contenait le poison, qui n’était autre que la vérité.

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