Avis

Mr Nice Guy – Jennifer Miller & Jason Feifer

Couverture et présentation :

9782749159058ORI

Chaque semaine ils passent une nuit ensemble, chaque semaine ils publient la critique de leurs ébats !
Lucas Callahan vient de décrocher un job de fact-cheker au magazine Empire. Un soir, tard dans un bar de Manhattan, il rencontre une magnifique brune qui le ramène chez elle. Lorsque sort le nouveau numéro d’Empire, il a la surprise de voir son aventure d’une nuit chroniquée par Carmen Kelly. C’est en effet elle, la magnifique brune, la chroniqueuse sexuelle du journal, qui dépeint leur nuit d’amour comme un fiasco absolu. Furieux et humilié, Lucas décide de répondre. Il écrit donc un texte assassin en ligne, qu’il signe « Mr Nice Guy ». Celui-ci devient vite viral. Les lecteurs en voulant davantage, la rédaction d’Empire a une idée folle : chaque semaine Carmen et Lucas devront se revoir et donner chacun un compte rendu de leur nuit. Tous les deux, avides de célébrité, vont ainsi se lancer dans une guerre sexuelle qui bientôt va les dépasser.
Éditeur : Cherche midi
Papier : 23€
Numérique : 13€99
Pages : 480
Sortie : juin 2020

Avis :

Je remercie les éditions Cherche midi et Babelio pour l’envoi de ce livre.

Lorsque j’ai été contactée pour lire ce roman, ma plus grande peur était de tomber dans un roman tourné vers l’érotique qui omettrait la psychologie de ces personnages. Or, j’ai été agréablement surprise par la manière dont le sujet est traité même si ce dernier n’est pas des plus acceptable.

Lucas est un jeune homme qui débute dans la vie active et découvre la grande vi(ll)e. Il est ambitieux et fraîchement célibataire. Lui, qui n’a eu qu’une seule petite amie, est bien décidé à tester les plaisirs que New York peut lui offrir. Il est rapidement contraint de reconnaître qu’il n’est pas si facile que cela de dénicher un coup d’un soir jusqu’à ce qu’il ose enfin aborder une femme dans un bar. Et cette femme, c’est la fameuse Carmen, dont il connaît la rubrique mais dont il ne connaît pas l’apparence physique.

Carmen, de prime abord, est une de ces femmes détestables, toujours à critiquer le moindre détail et égoïste de bien des façons. Seulement, elle n’a pas eu la vie si facile et cherche à (se) prouver qu’elle peut aller loin dans la vie. Cela se présente plutôt mal alors que son chef l’encourage vivement à débuter une relation « professionnelle » avec le fameux Mr Nice Guy. Carmen finit par se demander si elle pourra quitter un jour cette rubrique sexo alors qu’elle ambitionne de faire des articles plus sérieux que ça. D’autant que ce que son chef lui demande revient presque à se prostituer (c’est elle-même qui le dit lors que l’entretien). Je la rejoins sur ce point puisqu’il s’agit bien de son corps et qu’on ne lui a pas demandé quelles étaient les limites qu’elle se fixait.

Ceci étant, le chantage et les menaces sont monnaie courante dans cette histoire mais vous n’en serez probablement pas étonnés puisque nous sommes dans le milieu du journalisme, guère réputé pour sa propreté.

Je m’attendais à une effusion de sexe et d’érotisme. Or, il n’en est rien ou si peu. En dehors de quelques passages (et des articles parus dans le magazine Empire), le contenu est assez sage ou se borne à décrire des faits comme vous parleriez du temps qu’il fait banalisant complètement le sexe. Rien de dérangeant à cela, en effet, si ce n’est simplement que la relation Carmen/Lucas est biaisée et dirigée par des tiers, ce qui n’est pas ce que je considère comme une norme. En espérant que le lecteur ait conscience des limites à apporter à cette aventure vécue par Carmen et Lucas.

De plus, ne perdons pas de vue que le mensonge ou l’arrangement de la réalité va de pair avec la profession des protagonistes. Il n’est donc pas rare, qu’en cours de lecture, nous ayons quelques retournements de situation, parfois prévisibles, parfois inattendus, dynamisant l’histoire pour qu’elle ne tombe pas dans l’ennui et la banalité.

Il est surprenant de constater à quel point les événements sont analysés. Le ressenti de Carmen ou Lucas est plus profond que ce à quoi je m’attendais. Leurs confrontations écrites, au cours des parutions, sont très intéressantes et permettent d’obtenir deux points de vue d’un vécu partagé et met en lumière les différentes perceptions.

Ce roman est bien plus que du sexe « public » édité dans un magazine. Il amène des réflexions intéressantes sur l’éternel manque de communication des êtres humains entre eux. Mais surtout, il nous parle de la manière dont nous gérons nos envies, celles des autres, des limites qu’on nous pose et de celles que nous avons nous-mêmes. Jusqu’où serions-nous prêts à aller pour réaliser nos rêves les plus fous ? Carmen et Lucas sont deux versions de l’être humain qui veut s’accomplir et donner un sens à sa vie. Ils commettent des erreurs mais le plus essentiel à conserver, c’est qu’ils apprennent d’elles.

Entre deux traits d’humour, une enquête intéressante liée au chef de Carmen et Lucas, quelques moments embarrassants et des sujets sérieux, n’hésitez pas à vous lancer dans cette drôle de guerre sexuelle bien plus riche que prévu.

Note : 17/20.


Extrait :

Il s’installa à son bureau minuscule. Ceux de ses collègues étaient encombrés de papiers couverts de gribouillis et des vérifications relatives aux articles du numéro à venir. Mais Lucas ne laissait rien s’entasser, au sens propre comme au figuré. Il était venu à New York pour se libérer.Il avait beau essayer, il sentait quand même le poids accablant de ses emprunts étudiants, et son travail lui rappelait quotidiennement son indigence. Par exemple, à cet instant même, alors qu’il travaillait sur un chef célèbre qui venait de lancer un « menu du chercheur d’or ». Pour la bagatelle de quelques milliers de dollars, on pouvait déguster dans son restaurant un burger au bœuf de Kobe saupoudré d’or brut ou siroter une margarita givrée à la poussière d’or. C’était fou de penser que moins de dix ans plus tôt, tous ces types aujourd’hui prêts à lâcher une fortune pour du bar en croûte d’or sanglotaient, couchés par terre, à la Bourse de New York.


En temps normal, je serais prêt à tout. Cette rubrique est, à de nombreux points de vue, le fantasme de n’importe quel type. Voir débarquer une femme canon aussi sûrement et simplement que si on l’avait commandée sur Amazon Prime ? La sauter sur le balcon ? Oh oui ! Trois fois oui ! Depuis ce soir où j’ai dit non, je dis toujours oui. Oui à de nouvelles expériences. Oui au chocolat fondu, aux menottes, au cockring. Dire oui demande plus de courage mais laisse moins de regrets. Pour continuer à me retrouver avec toi dans ce genre de situations – à me faire insulter encore et encore, dans ce que j’ai de plus intime, et à revenir à chaque fois -, il faut beaucoup dire oui.

Lucas, en réponse à un article de Carmen.

7 commentaires sur “Mr Nice Guy – Jennifer Miller & Jason Feifer

    1. Ça me gênait aussi mais comme je traverse une phase bizarre côté lectures, j’avais besoin de m’accrocher à des livres « obligatoires » pour me donner un coup de boost. Et justement, j’avais envie de savoir si c’était aussi abusé que ce que la présentation en disait. Il y a du pour et du contre mais ça reste assez représentatif d’une tranche d’individus.
      Merci de passer et de prendre le temps de laisser des commentaires. 🥰😘

      Aimé par 1 personne

  1. Je trouve que tu parles très bien de ce roman et des différents sujets abordés d’autant que sans toi, je me serais attendue à un livre dominé par des scènes de sexe plus ou moins détaillées, ce qui ne semble pas du tout être le cas. Néanmoins, je ne pense pas être capable de passer outre le principe de base extrêmement dérangeant même s’il a le mérite de l’originalité…

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci. 😊
      Eh bien, oui, je le reconnais. J’ai hésité à accepter ce livre mais j’avais envie de voir si c’était aussi tordu que ça en avait l’air. Ce n’est pas le cas même si l’ensemble reste tout à fait contestable. Ceci dit, pour avoir lu des romances (ce livre là n’en est pas une) plutôt limites en matière de moralité, cette histoire reste soft.
      C’est exactement ce que j’ai pensé pour les scènes de sexe mais ça ne dépasse jamais une page et n’a pas de visée érotique.
      Mais bon, je comprends ton point de vue. Si on ne me l’avait pas proposé, je n’aurais probablement jamais tenté ce roman.

      Aimé par 1 personne

      1. C’est ce que je pense… Après, comme je l’ai précisé, Carmen mentionne le fait de se sentir utilisée et que ça s’apparente à de la prostitution, d’autant que tout ça s’accompagne de chantage… Bref. Niveau morale, c’est très moyen même s’il y a de beaux messages malgré ça.

        Aimé par 1 personne

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