Avis

Comment j’ai atterri dans le lit de noces de mon meilleur ami — Jacques Fortin-Payen

Couverture et présentation :

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La perspective d’un chaud weekend au mariage de son meilleur ami, puis d’une semaine à courir le gay sur la côte ensoleillée du mois de juin, tout y était ! Mais les doutes d’une fiancée, la défiance des belles-mères, la cuite du meilleur ami, un DJ qui en a vu d’autres et une danse sur table effrénée en chantant Kalinka… le weekend bascule, la semaine est compromise… la vie gay ne serait-elle donc pas un chemin jonché de ces pétales de roses qui fanent sur le lit de noces ?

Éditeur : Juno Publishing
Numérique : 3€99
Papier : 14€50
Pages : 153
Sortie : juin 2019

Avis :

Je me souviens, à la sortie de ce livre, de mon envie de le découvrir. Je ne sais plus ce que j’avais imaginé, probablement une comédie romantique, mais on est loin de ce à quoi je m’attendais.

Le style de l’auteur n’est pas des plus aisés à lire. Je vous laisserai deux passages du roman à la fin de mon retour pour que vous puissiez vous faire votre idée à ce propos.

Le scénario est assez classique mais pas le ton avec lequel il nous est conté. C’est une force, tout autant qu’une faiblesse. J’ai été décontenancée par le choix de ce langage limite pompeux à la fois mordant et piquant. Mordant de cet humour bien particulier auquel j’ai du mal à adhérer. Piquant de critiques parfois bancales mais justifiées pour la plupart (dans le contexte). Quelques répétitions réparties ici ou là, destinées à insister. Mieux vaut prévenir que guérir, voilà un livre qui saura vous happer ou vous détourner dès les premières lignes.

Je suis mitigée puisque j’ai effectivement eu un mal fou à m’adapter à ce que j’ai énoncé plus haut mais j’ai eu la furieuse envie de découvrir le fin mot de l’histoire. En toute honnêteté, les 30% de démarrage ont été laborieux, surtout lorsque le narrateur causait religion : le sujet étant le mariage, ce n’est pas étonnant mais la façon de faire est plutôt indigeste. De plus, nous nous faisons interpeller et remettre à notre place (dès lors qu’on est un peu perdu) par de nombreuses remarques du narrateur à notre égard. J’imagine qu’un lecteur qui n’aura aucun mal à suivre ne se sentira pas déstabilisé par ces apostrophes mais les autres se sentiront peut-être inutilement rabaissés. Si j’apprécie d’enrichir mon vocabulaire et mes connaissances à chacune de mes lectures, j’aime moins me sentir stupide. Les limites de l’un à l’autre sont fragiles.

Passé ce premier tiers, il s’avère que j’ai fini par prendre un malin plaisir à découvrir cette histoire abracadabrantesque, par rire des diverses situations dans lesquelles le narrateur nous plonge et par oublier mes déconvenues de départ.

Nous sommes bien dans une romance (c’est très réducteur pour ce livre) mais Juno Publishing ne nous a pas habitué à ce style particulier, ce qui me permet de croire que le lecteur fidèle puisse en être surpris.

Cependant, c’était un texte sympathique à suivre, avec beaucoup d’introspection mais aussi des futilités qui rythment le quotidien, le tout abordé sous un angle inhabituel au vu du genre dans lequel on le découvre.

C’est une histoire d’amitié, d’amour refoulé, d’hommes qui se cachent et se dévoilent un peu. N’y cherchez pas de grandes déclarations, pour cela il faut lire entre les lignes. C’est un brin poétique, tout mordant que cela puisse être, on y décèle de savoureuses pensées, pour peu qu’on ait envie de les voir.

Je n’ose pas m’attarder plus longtemps à propos du texte. Si vous êtes un peu aventureux et pas effrayé par les extraits ci-dessous, foncez. Vous passerez sûrement un bon moment.

Note : 15/20.


Extrait 1 : premières lignes

Ni moi ni mon meilleur ami Julius – lui, hétéro revendiqué, moi, gay, autant le préciser tout de suite – ne sommes adeptes du mariage. Je fais une exception toute personnelle en ce qui concerne le mariage pour tous. Que des bigots caparaçonnés de sweats bleus et roses surgissent de leurs sacristies pour tenter de rallumer les bûchers médiévaux, pas question ! J’ai tendance, à la médiévale justement, à monter sur mes grands chevaux, tirer ma rapière et sonner la charge, quand par des arguments de sacristie – temple, synagogue, mosquée, divan de psychiatre – on prétend m’interdire quelque chose. Même si je n’ai pas la moindre intention d’en user.


Extrait 2 :

Le préjugé homophobe courant s’alimente de l’idée que les homosexuels auraient une propension naturelle, si l’on peut employer « naturel » concernant des êtres taxés de contre nature à la cautèle (pour le sens voir dans le dico le plus proche, bon allez je vous renseigne : à la rouerie, au machiavélisme) et à toute autre stratégie tordue pour parvenir aux fins que poursuivent leur vice infâme comme le nomma Montesquieu dans l’Esprit des Lois XII, 6. Signalons pour absoudre sa mémoire, que s’il en fit mention c’était paradoxalement pour consentir aux adultes consentants le droit d’y céder – au vice infâme – en toute impunité en dépit de l’absolutisme royal et du fanatisme ecclésial qui l’utilisaient à de troubles fins de chantage, d’embastillage ou d’excommunication.

4 commentaires sur “Comment j’ai atterri dans le lit de noces de mon meilleur ami — Jacques Fortin-Payen

    1. Merci pour tes coms. 💕
      Je n’ose pas toujours le faire. Je sais que normalement on a le droit en citant bien la source mais je trouve que ce n’est pas bien clair. Et puis, la plupart des livres numériques sont téléchargéables gratuitement (au moins les premières pages). Je vais y songer en tout cas.

      Aimé par 1 personne

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